Alors qu’est-ce que j’avais ?


Souvent, en fin de séance, vous me demandez ce que j’ai trouvé : LA cause de vos maux… Et c’est une question bien légitime… Mais c’est une question qui me plonge de plus en plus dans l’embarras. Et je suis souvent frustré. Quand on m’interroge, je n’ai pas le temps de développer la raison qui fait que je NE PEUX donner une réponse simple et précise. Alors que c’est pourtant une question élémentaire. Je prends donc ici le temps de vous expliquer cela.

En effet, plus j’apprends et approfondis mes connaissances par diverses formations, et moins je comprends ce qui se passe pendant les séances… Ça semble paradoxal, n’est-ce pas ? Pour comprendre cela il me faut vous expliquer ce qu’est un diagnostic, ainsi que la façon de travailler des ostéopathes, et enfin comment je travaille moi-même.

Diagnostic médical

En médecine, un diagnostic est censé donner l’origine du trouble. Par exemple une boiterie de hanche, après une chute, pourra être due à une fracture du col du fémur. Une douleur au ventre pourra être due à un ulcère de l’estomac.

« Faux diagnostic » ?

Très souvent le diagnostic des troubles que l’ostéopathe est amené a traiter est un « faux » diagnostic. Cela se résume à une description clinique (c’est à dire une description des symptômes).

En effet, je reçois parfois certains patients qui souffrent depuis un temps certain. Ils sont soulagés d’avoir consulté un professionnel qui a enfin « posé un diagnostic ». On leur a dit qu’ils souffraient de lombalgie, lumbago, sciatalgie, gonalgie, ou, un de mes préférés, périarthrite scapulo-humérale… Or ce ne sont en aucun cas des diagnostics ! Ce sont juste des descriptions cliniques, c’est à dire une simple description de la douleur que vous mentionnez. Ces termes signifient simplement, dans l’ordre cité : « douleur de la zone lombaire », « douleur intense de la zone lombaire, d’apparition soudaine, et entraînant une restriction de mobilité importante de la colonne vertébrale », « douleur de type sciatique, c’est à dire sur un trajet de la fesse jusqu’au pied ou sur une partie de ce trajet », « douleur au genou », « douleur de type inflammatoire, autour des articulations entre l’humérus et l’omoplate (l’épaule) »…

C’est tout. Ça n’indique ni la cause du problème, ni évidement le traitement nécessaire. Ainsi, en vous donnant ce terme, le médecin ne fait que transcrire, dans un langage médical, la description des douleurs que vous lui avez rapportée.

Et si c’était grave ?

Pour être tout à fait juste, le médecin pose ce genre de diagnostic après avoir normalement exclu les diagnostics plus sévères. Par exemple, selon le type de douleur à l’épaule gauche, il peut soupçonner un trouble cardiaque et faire procéder à des examens complémentaires. Ce n’est qu’après avoir exclu les troubles graves qu’il posera un diagnostic « rhumatologique », c’est à dire touchant la structure musculo-squelettique.

Ainsi un diagnostic aussi vague que lombalgie peut avoir pour origine un ensemble de contractures musculaires, ou un calcul rénal, ou une hernie discale, ou une fracture de vertèbre etc. Ensuite, soit un diagnostic précis est inutile, parce que le traitement est toujours le même quel que soit le diagnostic précis, soit c’est prématuré, parce que le traitement est le même pour quasi tous les diagnostics possibles, donc on commence le traitement – repos, anti-inflammatoire, kinésithérapie par exemple – et le véritable diagnostic ne sera recherché que si le trouble résiste au traitement.

Dans un but de gain de temps pour le soulagement du patient, autant que d’économie de dépenses inutiles, c’est un fonctionnement tout à fait logique ! Mais ayez bien en conscience que, si vous venez me consulter avec un « diagnostic » de lombalgie ou de sciatalgie, je n’ai pas plus d’indication que « vous avez mal en bas du dos », « vous avez mal derrière la cuisse »… À moi de me débrouiller avec ça.

Examens complémentaires

Parfois le diagnostic a besoin d’être précisé, parce que les conséquences peuvent être importantes, ou que les douleurs sont très intenses, que le trouble résiste aux traitements essayés, ou que les traitements sont trop différents entre les différentes étiologies (= causes du symptôme). Dans ce cas, le médecin prescrit des examens complémentaires : radiographie, échographie, scanner, IRM, écho-Doppler, scintigraphie, électromyogramme. Et parfois une prise de sang peut aussi être utile : en effet certains troubles inflammatoires peuvent être dû à un problème de thyroïde, à une réaction immunitaire à la suite d’une infection, une pathologie auto-immune inflammatoire sous-jacente non diagnostiquée, etc.

Et puis, parfois, c’est pendant la séance d’ostéopathie que je me rends compte que le diagnostic aurait besoin d’être précisé. Soit parce que le traitement serait différent, soit que je souhaiterai être rassuré sur un diagnostic possible. Je renvoie alors le patient vers son médecin traitant.

Mais alors à quoi ça sert ?

Vous verrez, en comprenant comment je travaille, que le diagnostic exact m’est souvent inutile. Il peut parfois me servir à éviter certaines techniques, mais comme je travaille avec des techniques douces, sans contrainte articulaire ou tissulaire, ça ne me concerne pas vraiment. Le diagnostic me permettra surtout d’avoir une idée du pronostic : l’évolution positive ou négative du trouble après mon traitement.

Ainsi si je reçois un patient avec une grosse arthrose dans laquelle l’articulation est très déformée et douloureuse depuis des dizaines d’années, je saurais que les séances risquent de ne pas soulager beaucoup, ou que le soulagement ne sera pas forcément durable.

Comment travaille un ostéopathe ?

Il y a de multiples formes d’ostéopathie, pour la simple raison que l’ostéopathie n’est pas une technique, mais un concept. En simplifiant à l’extrême, l’ostéopathie proclame que certains troubles sont dus à un manque de mobilité de certaines structures, et le rôle de l’ostéopathe est simplement de rechercher dans tout le corps les zones qui ne bougent pas correctement et leur redonner le plus de mobilité possible, pour favoriser un fonctionnement harmonieux.

Ainsi, médecine et ostéopathie sont complémentaires car ne travaillent pas sur les mêmes choses.

Une métaphore

Prenons l’exemple de votre baignoire : elle déborde. C’est le symptôme. Le diagnostic médical pourra être « humidification du pourtour de la baignoire », éventuellement, si le diagnostic est plus poussé grâce à des examens complémentaires, il sera ajouté par exemple « par non-évacuation des eaux jusqu’au système de tout-à-l’égout ».

Mais avant de poser ce diagnostic et l’envoyer chez l’ostéopathe, le médecin aura vérifié que les tuyaux sont en bon état, que la pression d’eau dans le réseau est correcte, que la baignoire n’est pas fissurée, que le robinet n’est pas arraché etc.

Il vérifie l’intégrité de la structure et les paramètres du réseau (il y a de l’eau, à la bonne pression…).

Diagnostic ostéopathique

Gardons en tête que le diagnostic médical est donc souvent une indication assez pauvre pour l’ostéopathe. Le médecin écarte normalement tout signe de gravité, et toute atteinte à l’intégrité de la structure. Mais l’ostéopathe, lui, doit vérifier si tout « bouge » correctement. Car le symptôme n’est souvent que la conséquence désagréable d’un processus souvent complexe.

Pour revenir à notre exemple de baignoire, dans l’établissement du diagnostic ostéopathique, il conviendra de vérifier si le robinet est ouvert trop fort, si le bouchon est retiré, si la bonde est bouchée, si un tuyau d’évacuation dans les cloisons est de travers, si un clapet est oxydé…

Multiples causes

En effet, plusieurs causes peuvent créer le même symptôme. Et le corps étant un système très ingénieux, il sait dans la plupart des cas compenser pour fonctionner correctement (ça ne veut pas dire que c’est sans conséquence à moyen ou long terme). Ce qui fait que, très souvent, quand vous consultez pour une douleur, celle-ci est la conséquence de 2-3-4-5 blocages différents, que le corps n’arrive plus à compenser correctement.

Ainsi, si vous venez avec une douleur d’épaule gauche, je peux retrouver quelques-unes de ces tensions :

  • Un blocage des os du poignet gauche qui compense par les muscles et fascias sur le coude et l’épaule.
  • Un blocage des premières cervicales qui entraîne une tension sur un muscle (l’élévateur de la scapula), et déséquilibre l’omoplate, donc l’épaule.
  • Le blocage des premières cervicales peut être lui-même augmenté par un déséquilibre de la mandibule, qui peut lui-même être augmenté par des tensions entre les différents os de la boîte crânienne, qui peuvent elles-mêmes être augmentées par des tensions de la dure-mère (enveloppe du cerveau et de la moelle épinière), qui peuvent être augmentées par un manque de mobilité du sacrum…
  • Une tension sur l’estomac due à une hernie hiatale qui tire sur le diaphragme à gauche, et sur l’ensemble des côtes à gauche, donc entraîne une tension sur les muscles qui s’y insèrent et tirent sur l’épaule.
  • Une torsion du bassin qui tracte sur le muscle grand dorsal gauche, qui s’insère sur le bassin… Et l’épaule.
  • Une côte qui est bloquée à droite, qui gêne la vertèbre, qui tire sur des muscles à gauche, qui tirent sur l’épaule gauche.
  • Un genou qui ne bouge pas très bien, qui déstabilise le bassin. Ce genou lui-même déstabilisé par un petit manque de mobilité du péroné, lui-même dû à un manque de mobilité du pied.

Parfois je retrouve, comme ici, entre cinq et dix schémas lésionnels différents. Et ce genre de schéma est très fréquent !

A distance

Une hernie discale lombaire, par exemple, est la cause de la douleur locale en bas du dos, et de l’irradiation dans le membre inférieur. Soit. Mais qu’est-ce qui cause l’hernie discale ? Elle est due à un déséquilibre de pression sur le disque intervertébral. Et ça peut être dû à une torsion de bassin associée à un manque de mobilité du genou, quelques blocages vertébraux thoraciques, une tension intestinale etc.

Aussi vous allez consulter pour une douleur à un endroit, c’est là que le corps s’exprime, alors que la cause (ou plutôt les causes) sont sûrement en partie ailleurs. Si vous marchez sur la queue d’un chat, c’est l’autre extrémité qui miaule… Vous comprenez le principe ?

Et sur un plan subtil…

Et encore, je ne parle ici que de ce qui est compréhensible sur un plan scientifique et matérialiste. Je ne développe pas ce qui peut être trouvé en énergétique (que ce soit selon le système de la médecine chinoise, donc les méridiens d’acupuncture, ou selon la médecine ayurvédique indienne, donc les chakras et les corps énergétiques). Tout ceci est évidemment influencé aussi bien par les traumatismes physiques, le fonctionnement viscéral que par le vécu psycho-émotionnel du patient dans son histoire.

En Biokinergie

La Biokinergie est moins une technique qu’une façon d’aborder les séances, de se centrer, de poser les mains, de ressentir… Cela permet de capter des informations plus fines et plus subtiles. Je travaille personnellement beaucoup en énergétique et sur les fascias.

En énergétique

Il est très compliqué de faire un retour, parce que « ça ne veut rien dire » dans un référentiel matérialiste. Et pire, cela risque de vous induire en erreur : si je vous parle du méridien du Gros Intestin (par rapport à votre problème d’épaule), alors vous allez penser que je parle de l’organe Colon. Pas du tout. En Occident on les nomme par un des organes à travers lequel une des couches du méridien passe. C’est très très très réducteur ! Un méridien a six couches différentes, qui ont chacune des fonctions et des trajets distincts. Le méridien est lié à des émotions, des sens, des couleurs, des saisons, des saveurs etc. Et chaque méridiens entretient avec les autres des relations spécifiques, ce qui fait qu’un problème qui s’exprime sur un méridien peut venir d’un autre méridien… Bref, impossible de synthétiser cela rapidement en fin de séance !

Et puis pour être franc, je tente de déterminer dans quel méridien il y a un soucis, dans quelle couche du méridien, et je tente de rétablir une circulation énergétique libre… Mais je ne cherche pas à comprendre pourquoi il y avait un blocage : j’en serai sûrement incapable une partie du temps, et ce serait de toutes façons intrusif. C’est votre histoire, pas la mienne. Certains thérapeute aiment montrer qu’ils « savent ». Et avec de l’entrainement, c’est en effet possible. Mais ça ne sert qu’à renforcer l’ego du thérapeute et la dépendance du patient envers un thérapeute « tout puissant ».

Sur les fascias

Les fascias sont les membranes du corps. Il y en a partout, ils maintiennent et nourrissent l’ensemble des tissus organiques. Ils sont organisés en une sorte de toile d’araignée géante. Si un insecte se prend dans la toile, ça perturbe l’équilibre des tensions, et l’araignée sent vers où les tensions tirent, ce qui lui indique où est l’insecte. Pareillement, en posant les mains, je sens vers où les fascias tirent, ce qui m’indique où est un des blocages.

Mais, de la même manière que, si je vous demande de démêler une pelote de laine pleine de nœuds, vous ne saurez pas me résumer ce que vous avez fait, je ne saurais résumer ce que j’ai travaillé sur les fascias… Parce que tout est imbriqué et interdépendant ! Parfois je comprends le lien, parfois je ne comprends pas le lien : je constate simplement que deux blocages sont liés et qu’en libérant un endroit, ça libérera l’autre endroit.

Filière

En ostéopathie, on apprend à poser un diagnostic global puis ensuite à traiter. En Biokinergie, les deux se font au fur et à mesure. Je sens où je dois aller parce que je suis attiré par une tension, je la libère, ce qui m’amène à une autre tension, que je libère et ainsi de suite. Je parcours donc le corps en passant d’une tension articulaire au pied, à une tension fasciale au bassin, à une tension viscérale au ventre à un blocage énergétique à l’épaule etc.

Il y a très rarement UN gros blocage. Et quand il y a UNE zone très bloquée, c’est un enchevêtrement de plein de blocages différents et de différentes natures…

Dans une pelote de laine emmêlée, il y a rarement un seul nœud qui bloque tout le reste…

Pleine présence

En Biokinergie, on apprend à être présent à ce qui se passe sous nos mains, mais aussi à distance de nos mains, comme lors de la méditation de Pleine Conscience : ainsi j’accueille les tensions et le mouvement correcteur qui se met en place. Mais je n’analyse pas. Aussi, il arrive très souvent que j’ai conscience quand une tension a lâché, mais je n’ai pas noté quel type de tension c’était, ni comment elle a lâché !

Analyser a posteriori ce qui s’est passé est possible, mais va demander un gros effort de concentration pour se remettre dans les conditions de départ. Et en fin de séance, si une grosse partie de la séance s’est déroulé dans cet état de conscience, c’est mission impossible !

En conclusion

Pour reprendre l’exemple de la douleur d’épaule, que dois-je répondre à la question « qu’est-ce que vous avez trouvé ? » ?

Vous avez bien constaté que la réponse est complexe et longue.

De plus, si je fais la liste de tout ce que j’ai trouvé, il faudra aussi que je rassure le patient, parce que (j’en ai fait l’expérience) ça lui paraîtra très grave si je fais une liste de tout ce que j’ai libéré. Si je veux expliquer convenablement, il faut donc que j’explique le fonctionnement du corps, le principe du diagnostic ostéopathique, les différents liens anatomiques, neurologiques, bio-mécaniques entre les éléments que j’ai traité…

J’en ai pour un bon quart d’heure… Au moins !

Et tout ça n’aura aucun intérêt, parce que (j’en ai fait l’expérience aussi) le patient n’ayant pas les connaissances associées, va tout mélanger sitôt la porte du cabinet passée… (ce n’est pas une critique, si un informaticien m’explique, même simplement, comment fonctionne un ordinateur et pourquoi le mien avait des problèmes, je ne comprendrai pas réellement grand-chose).

Et cette connaissance n’apporte souvent aucune solution au patient pour éviter la récidive.

Mais alors vous ne dites rien ?

Par contre, quand je pense que certaines choses me semblent importantes à être évoquées parce qu’il me semble qu’elles ont une influence sur le problème (position de sommeil, intérêt de semelles orthopédiques, position de travail ou geste technique sportif…) je l’évoque. Si je pense qu’une des tensions primordiales peut-être atténuée par un changement dans les habitudes ou par un exercice particulier (renforcement, étirement ou correction de posture), je le dis et je l’explique.

En bref, quand une explication me semble importante à donner, je la donne. Quand ce que je pourrais expliquer ne fera qu’affoler le patient, lui embrouiller l’esprit, et prendra du temps (que je devrai logiquement retirer de l’heure de séance) pour un bénéfice nul, alors je m’abstiens.

Quand un patient consulte, il se place inconsciemment dans la position du « candide » qui va voir un « sachant ». Il est très confortable pour le thérapeute (et gratifiant pour son ego) d’adopter cette posture. Mais plus on apprend, et plus on se rend compte qu’on ne comprend qu’une part infime de ce qui se passe réellement. Et c’est alors en se plaçant, en toute humilité, dans une posture de présence et d’accueil (et non d’analyse) que le travail se fait le mieux.

Aussi, si vous me demandez ce que vous aviez, même si je peux broder quelques réponses qui vous sembleront satisfaisantes, en vérité :

Je ne sais pas !


Si malgré tout, être soulagé vous semble plus important que de comprendre pourquoi, nous pouvons fixer un rendez-vous 🙂

Vous souhaitez mettre en place un suivi ponctuel ou régulier chez un ostéopathe diplômé ? Prenez directement rendez-vous en ligne ! Vous trouverez mes horaires et mon adresse sur cette page.

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A bientôt.

Hugo Rossignol – Ostéopathe et Biokinergiste à Vannes

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