Ostéopathie 1 commentaire


  • GÉNÉRALITÉS

L’ostéopathie a une vision holistique de l’être humain, c’est à dire qu’elle l’envisage dans sa globalité : l’ensemble du corps (tronc-tête-membres), l’ensemble des systèmes corporels (neurologique, circulatoire, digestif, endocrinien), le psycho-socio-émotionnel (traumatismes psychiques, stress, alimentation, hygiène de vie, conditions de travail…).

Pour qui ?
L’ostéopathie s’adresse donc à tout le monde, de l’enfant à la personne âgée. Les techniques étant bien évidement adaptées.

Combien de séances ? Quelle fréquence ?
Tout dépend de l’âge, des antécédents, de la date d’apparition des symptômes, de la pratique sportive ou des postures et gestes professionnels.
En entretien « de base », une à deux séances par an sont une saine habitude. Cela permet d’éviter que les inévitables tensions ne s’installent durablement, ne créent des compensations à distance (chaîne lésionnelle), et ne provoquent des lésions des structures (par ex. dans une articulation décentrée le cartilage va « s’user » prématurément , les ligaments et tendons seront tendus d’où calcification des ligaments, inflammation des tendons…).

Est-ce que vous faites « craquer » la colonne ?

Ça m’arrive. C’est de plus en plus rare dans ma pratique (Biokinergie), mais il peut arriver que sur un type de lésion ou chez certains patients cela me semble indiqué. Je préviens toujours avant. Une manipulation vertébrale bien effectuée peut entraîner un inconfort momentané, mais ne doit pas être douloureuse. Si vous redoutez ces manipulations, n’hésitez pas à m’en faire part en début de séance, afin que je les évite.

 

  • DÉFINITION

Andrew Taylor Still, fondateur de l’ostéopathie, ne donna qu’une définition, et une seule, pour les principes et la pratique de ce qu’il découvrit et nomma ostéopathie (1892) :

 

« C’est la loi de l’Esprit, de la Matière et du Mouvement« 

 

 

Une des définitions, plus récente, et plus précise, que nous pouvons donner est :

« L’ostéopathie est une méthode de soins qui, par des actions manuelles douces sur le tissu ligamentaire, musculaire et nerveux ainsi que sur les structures osseuses et viscérales, a pour but de susciter, équilibrer ou faciliter une réaction naturelle susceptible de faire cesser les troubles ostéo-articulaires, organiques ou fonctionnels constatés. »

 

Pour l’État français, l’ostéopathie n’est qu’un ensemble d’actes professionnels. L’ostéopathe est autorisé à pratiquer des « manipulations ayant pour seul but de prévenir ou remédier à des troubles fonctionnels du corps humain. Ces manipulations sont musculo-squelettiques et myofasciales, exclusivement manuelles et externes. Elles sont non instrumentales, directes et indirectes, non forcées.»

Voilà qui est un peu réducteur…

 

De la même manière, nous pouvons chercher à définir la lésion ostéopathique, actuellement dénommée dysfonction somatique :

En 1933, l’American Association of Ostheopathy la définissait ainsi : « Toute variation pathologique de la norme de la position, de la mobilité, du soutien des tissus mous donnant une symptomatologie ou une pathologie ».

John Martin Littlejohn, lui, la définissait par : « Une lésion correspond à quelque modification soit dans la mobilité, soit dans l’ « articularité » qui sous-entend une modification dans l’activité stimulant la mobilité et l’articulation qui, en retour, sous-entend quelque variation dans la distribution de la vitalité ou dans son expression. Par conséquent, en anatomie, la lésion s’applique à la structure, et en physiologie, elle s’applique à l’activité, mais dans le corps vivant, les deux sont impliqués. » 

En 1968, une ostéopathe américaine Ira Rumney, qui a présidé un travail de consensus chargé d’établir une définition et une codification des actes ostéopathiques, en donne la définition suivante : « La dysfonction somatique est une fonction altérée des composants inter reliés du système somatique (squelette, articulations, structures myofasciale, vasculaire, neurologique, lymphatique) ainsi que des éléments vasculaires, lymphatiques et neurologiques correspondants. ». Cette définition, incluse dans le « Hospital Adaptation of International Classification of Disease » est reconnue par la médecine allopathique aux Etats-Unis.

En pratique, pour diagnostiquer cette dysfonction, il faut retrouver une hypersensibilité des tissus, une asymétrie des repères anatomiques, une restriction de mobilité ainsi qu’une modification de la texture des tissus. Ces quatre facteurs sont indissociables.

 

  • HISTOIRE ET TRADITIONS

Depuis l’aube des temps l’Homme a essayé de soulager les souffrances corporelles de ses semblables. Il s’est servi de ses mains et s’est très vite rendu compte qu’elles pouvaient soulager et guérir. C’est ainsi que toutes les traditions de l’Humanité ont pratiqué les thérapies manuelles sous diverses formes.

La médecine traditionnelle chinoise dont les bases existent depuis plus de cinq mille ans, comprend aussi des manipulations articulaires et rachidiennes appelées Ban Fa. Des textes datés de 3500 ans avant l’ère vulgaire attestent de leur pratique ancestrale.

Les premières traces écrites, sur le pourtour méditerranéen, d’une médecine vertébrale couramment pratiquée proviennent de l’époque pharaonique grâce au papyrus de Smith (Ramsès II), copie d’un texte datant de 3000 ans avant l’ère vulgaire. Ce texte démontre la parfaite connaissance du système osseux qu’avaient les médecins de l’Egypte ancienne.

Les racines occidentales connues de l’ostéopathie remontent au début de la science médicale dans l’Antiquité gréco-romaine. Mais nul doute que les manipulations préexistaient dans les traditions antérieures.

Hippocrate de Cos (460-377 av EV) disait d’ailleurs : « L’art de la thérapeutique vertébrale est ancien. Je tiens en haute estime ceux qui l’ont découvert, comme ceux qui génération après génération, me succéderont et dont les travaux contribueront au bon développement de l’art naturel de guérir… Le praticien adroit et consciencieux doit être habile de son coup d’œil autant que de sa main, lorsqu’il s’agit de corriger les déviations vertébrales du malade étendu devant lui, sur la table de traitement. Si le traitement est effectué de manière correcte, aucun dommage ne peut résulter car il s’agit de traiter les légères déviations des vertèbres et non de grossiers déplacements. »

Les écrits concernant les traitements manuels sont rares, contrairement aux écrits concernant le diagnostic manuel médical qui incluait largement la palpation. On ne trouve plus d’autres traces de tels traitements chez les proches successeurs d’Hippocrate. Le traitement manuel aurait donc été délaissé rapidement et confié à des personnages spécialisés au sein des gymnases, les pédotribes, abandonnant alors cet art de guérir à l’empirisme de gens non-instruits par l’anatomie et la physiologie naissantes. Cet abandon peut s’expliquer par la domination de la théorie humorale et par le dédain éprouvé face à toute activité manuelle considérée comme dégradante et digne seulement d’un esclave.

Cet art sera ainsi par la suite l’apanage d’une médecine de campagne non scientifique ou des médecins ambulants, les « médici circulatores ». Le concile de 1215 sépare la médecine de la chirurgie, elle aussi indigne car manuelle. Elle sera pratiquée par les barbiers-chirurgiens. Le même concile, et pour les mêmes raisons, laisse les manipulations aux rebouteux (encore appelés renoueux ou rhabilleux en France, bonesetters en Grande-Bretagne et algébristas en Espagne). Ce n’est qu’au XIXème siècle seulement avec les principes d’Andrew Taylor Still, que les thérapeutes manuels intégreront une médecine ayant base scientifique et cohérence.

Sans parler directement des manipulations, nous retrouvons dans la médecine antique la découverte des différents principes de l’ostéopathie : l’holisme ou « sympathie » ainsi que la capacité d’auto guérison et le fameux « Vis naturae medicatrix »  chez Hippocrate (460-377 av EV), la fluctuation du liquide céphalo-rachidien appelé pneuma-psychique par Erasistrate (310-250 av EV), la règle de  l’artère est suprême par Asclépiade de Bithynie (124-40 av EV), la mobilité des os du crâne et la « respiration » de l’encéphale  chez Galien (131-201), l’homéostasie « isonoma ou symmetria » c’est-à-dire la santé perçue comme un équilibre est une base commune chez tous les médecins et fait partie intégrante de toutes les doctrines de l’Antiquité.

 

  • Histoire moderne

Andrew Taylor Still (1828-1917) médecin américain, n’ayant pas à proprement parler suivi d’études médicales, subit le décès par méningite de trois de ses enfants en 1864. Il met en doute alors l’efficacité des drogues qu’il prescrit, comme d’autres mouvements de l’époque le font aussi. De plus il constate que dans les États où la guerre a diminué fortement le nombre de médecins, les enfants meurent moins souvent de maladie. De par son activité de chirurgien, notamment au moment de la guerre de sécession, et par l’étude de cadavres indiens déterrés des tumulus, il approfondit ses connaissances anatomiques. Dans les années 1870, il s’intéresse au bonesetting, une forme de manipulation appréciée pour traiter les problèmes orthopédiques. Plusieurs médecins tels Bell, Magendie, Hall et Edwin Dwight Babbit soutiennent que le traitement spinal traite de nombreuses affections, des rhumatismes aux maux de tête…

Ainsi pendant des années il va expérimenter… Son éducation méthodiste, ses contacts avec les indiens Shawnees, la popularité de la phrénologie (abordant la relation structure-fonction) et du mesmérisme, son intérêt pour la mécanique, puis le reboutement vont l’amener à inventer une nouvelle vision de la santé. « Avec cette combinaison de traitements manuels, Still pensait disposer de ce que tout le monde cherchait en tâtonnant : un traitement spécifique destiné à influencer le fonctionnement physiologique, un système fondé sur des données scientifiques et des lois universelles et un traitement individualisé ne dépendant pas de l’utilisation de drogues dangereuses ou inefficaces. »

Le darwinisme ainsi que l’évolutionnisme de Spencer vont apporter le fond philosophique à sa théorie.

Ainsi le  22 juin 1874, A.T. Still rompt avec l’orthodoxie et fonde l’ostéopathie.

 

Vers la fin des années 1880, ne suffisant plus à la tache, il forme ses propres enfants, démontrant alors qu’il ne s’agit pas d’un don particulier, mais d’un art transmissible. Transmettre devient une préoccupation essentielle, l’amenant en 1892 à fonder la première école à Kirksville, Missouri : L’American School of Osteopathy.

Le collège et l’ostéopathie connaissent une expansion très rapide. Ses élèvent fondent des écoles et publient des ouvrages sur cette matière nouvelle (ainsi en 1904, on comptera déjà une douzaine d’écoles aux Etats-Unis). Still sent l’ostéopathie lui échapper, et ressent une profonde amertume. Il se retire progressivement de l’enseignement et perçoit alors l’urgence d’écrire sa pensée : il publie « philosophie de l’ostéopathie » en 1899 et « philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie » en 1902.

 

En 1917, John Martin Littlejohn, ancien élève de Still (lettré, professeur d’art et de langues classiques, ayant étudié la théologie, le droit puis l’anatomie et la physiologie), fonde à Londres la British School of Osteopathy.

L’ostéopathe écossais, William Gardner Sutherland étend le concept ostéopathique aux os du crâne, et par ses recherches avec Harold Ives Magoun fonde l’ostéopathie crânio-sacrée dans les années 1930.

En 1936, le Docteur Robert Lavezarri est le premier à importer l’ostéopathie en France. Il fonde en 1950 la Société Française d’Ostéopathie qui existe toujours. Société de médecins, elle semble, comme presque tout le courant médical ostéopathique, cantonner la doctrine à la pratique vertébrothérapique ou orthopédique.

En 1957, Paul Gény, masseur-kinésithérapeute ayant travaillé avec Lavezarri, ouvre en France en association avec un ostéopathe anglais Thomas Dummer, l’Ecole Française d’Ostéopathie. En 1965, devant les pressions de l’Académie de médecine, inquiète face au succès rencontré auprès des masseurs-kinésithérapeutes, il s’exile à Londres puis à Maidstone dans le Kent (GB), afin d’y fonder avec John Wernham l’Ecole Européenne d’Ostéopathie (European School of Osteopathy ESO).

A la même époque que Still, Thure-Brandt (1809-1895), rebouteux suédois, avait déjà mis au point une méthode diagnostique et thérapeutique destinée aux organes de l’abdomen et plus particulièrement de la sphère génitale. Cette méthode comprenait des techniques manipulatives et des exercices musculaires dans le but de restaurer la santé des zones profondes du corps (pour les libérer, les  irriguer et les rendre fonctionnelles). Henri Stapfer, élève français de Brandt, fait à nouveau progresser la méthode. Celle-ci est reprise par Frantz Glenard qui permet d’évaluer les anomalies de fonctionnement. Dans les années 1970, l’ostéopathe français Jean-Pierre Barral casse la convention qui veut que l’on travaille sur la colonne vertébrale pour influencer les organes et non l’inverse, en intégrant ces techniques. Il développe ainsi l’ostéopathie viscérale en décrivant les plans de glissements entre les organes telles des articulations. Elle devient une branche indissociable du reste de l’ostéopathie : l’ostéopathie viscérale et gynécologique.

En 1982, le Professeur Pierre Cornillot, en tant que Directeur de l’Unité de Formation et de Recherche (U.F.R.) Santé, Médecine et Biologie humaine, introduit l’ostéopathie à l’Université de médecine de Bobigny et charge des ostéopathes non médecins, tous diplômés de l’Ecole Européenne d’Ostéopathie de Maidstone d’enseigner leur art et pratique à des médecins, dans le cadre d’un programme consacré aux médecines naturelles et sanctionné par un diplôme universitaire de « médecine manuelle et ostéopathie ».

 

Depuis le vote de la loi du 4 mars 2002 par l’Assemblée Nationale, l’ostéopathie bénéficie enfin  d’un statut officiel en France. Les décrets d’application votés le 25 mars 2007 fixent le cadre réglementaire de l’ostéopathie. Y est notamment reconnu un titre sanitaire et non une profession. La pratique ainsi que la formation y sont définies.

 

  • Philosophie et principes

L’ostéopathie est basée sur quatre principes majeurs :

Holisme : L’être humain doit être considéré dans sa globalité biologique, émotionnelle, spirituelle. La perturbation d’une partie se répercutera sur le tout. La cause d’un trouble peut donc se situer à distance de ce dernier par le truchement des chaînes lésionnelles myo-fasciales, des relations neuro-végétatives etc. De même en physiologie, il est reconnu depuis longtemps que chaque phase du processus de la vie n’agit que dans le contexte de l’organisme tout entier. L’unité de fonction est totale. La stimulation ou la suppression artificielle d’une seule fonction modifie, dans une  certaine mesure, toute la physiologie de manière temporaire ou permanente.

 

Interdépendance structure-fonction : La fonction va modeler la structure (lors de la croissance de l’os et des lignes de force d’ossification par exemple), la structure va influencer la fonction (une tension musculaire peut empêcher un jeu articulaire par exemple). Pascal Javerliat souligne que « c’est un truisme de dire que la physiologie ne peut s’exprimer sans le support physique que représente la structure».

 

Règle de l’artère : L’état de santé est conditionné par une libre circulation des fluides du corps. Toute entrave sera à l’origine d’hypoactivité en aval et de stases en amont entraînant des contractures, des états congestifs, inflammatoires et même infectieux. L’accumulation des déchets entraînera une modification du terrain et favorisera l’évolution des germes.

 

Capacité d’auto-guérison : C’est le « vis naturae medicatrix » hippocratique, le corps possède intrinsèquement les moyens de vaincre la maladie tant que la relation structure/fonction est respectée et que la vitalité est suffisante. Lors d’une perturbation de l’homéostasie le corps met en place des réactions afin de revenir à l’équilibre initial. Ces phénomènes sont les réflexes, les boucles rétroactives, les défenses immunitaires, l’inflammation… Inconnus alors de Still et appelés les « remèdes naturels ».

 

  • LES DIFFÉRENTES TECHNIQUES

L’ostéopathie s’intéresse à l’ensemble du corps. Elle a été divisée, pour des raisons didactiques, en trois entités. Chacune est parfois présentée comme pouvant être indépendante et auto-suffisante. Cela n’aurait pas de sens ! Elles ne peuvent qu’être complémentaires et indissociables dans la vision holistique de l’ostéopathie telle que nous la défendons. Ces entités sont :

  • La sphère structurelle qui s’intéresse à toutes les articulations (muscles, tendons, ligaments, fascias…) du corps.
  • La sphère crânio-sacrée qui s’intéresse aux micro-mobilités des sutures du crâne ainsi que leurs mouvements en relation avec le sacrum.
  • La sphère viscérale qui s’intéresse aux différents glissements des organes par rapport à leur environnement.

 

Afin de diagnostiquer puis traiter les nombreux types de restrictions de mobilité définissant la dysfonction somatique, les ostéopathes ont, depuis Still, développé de multiples voies d’abord. Ces techniques seront adaptées aux sphères auxquelles elles seront appliquées :

  • Les techniques directes : elles impliquent l’engagement de la barrière motrice, et son dépassement par la force correctrice. Elles regroupent les thrusts (techniques à haute vélocité et faible amplitude), le traitement général ostéopathique (TGO), les techniques articulaires de Sutherland, les techniques myotensives (ou d’énergie musculaire), les recoils, les techniques fasciales et viscérales d’induction ou d’étirement…
  • Les techniques fonctionnelles : elles impliquent le positionnement des tissus à un point d’équilibre des tensions permettant l’inhibition de la boucle réflexe nociceptive. Elles regroupent les techniques de Jones (strain and counterstrain), les techniques fasciales et viscérales d’écoute ou de déroulé…

 

Toutes ces techniques constituent la palette dans laquelle puise tout ostéopathe après avoir observé, écouté, interrogé et réalisé une succession de bilans biomécaniques.


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